« Grief is love that has lost its place to land”

Plus nous prenons de l’âge, plus nous devons nous familiariser avec le deuil et ses aléas. Depuis que mes amis sont devenus assez grands pour partir en aventure migratoire, je me suis peu à peu fait à l’idée que certains au revoir sont, en réalité, des adieux. La pandémie n’a rien amélioré : Zoom, au-delà de sa vertu corporative, est devenu un outil de regroupement familial élargi pour les occasions particulières.
Entre-temps, je suis devenu immigrant à mon tour, et j’ai mieux compris les deuils vécus à distance. En fin d’année, ma famille paternelle enterrait une mère, une épouse, une sœur, une cousine, une amie. Malgré des relations parfois difficiles, j’ai ressenti profondément la douleur de l’absence. Des raisons indépendantes de ma volonté me gardaient loin des gens que j’aime. Mon histoire n’est pas unique. Nous sommes nombreux à ne pas pouvoir être présents comme nous le voudrions, pour des raisons multiples : des statuts migratoires précaires, des contraintes logistiques ,surtout pour se rendre à Port-au-Prince ,ou encore le prix exorbitant des billets d’avion vers chez soi.
Il aura fallu que j’apprenne le décès d’un ami, à qui je conseillais d’aller consulter (ironiquement, il était lui-même médecin), pour réaliser à quel point nous tenons nos relations pour acquises, portés par la magie trompeuse de la technologie. 2026 est pour moi une année d’apprentissage, dont la plus grande leçon est sans doute ce rappel brutal : les instants sont fugaces, terriblement fugaces. Nous sommes à la fois plus proches les uns des autres, et infiniment éloignés.
Le temps où nous rencontrions la famille de nos amis me manque. Aujourd’hui, lorsque nous les perdons, nous devons porter ce deuil seuls, ou dans une communauté virtuelle. Et les aléas de la vie nous obligent trop souvent à passer rapidement à l’étape suivante.
Aujourd’hui, ce blog comptera un lecteur de moins. Un lecteur avide, généreux de conseils, avec qui je discutais de la vie et de notre perception du monde. Un ami avec qui nous étions en désaccord sur tant de choses, mais avec qui, surtout, je partageais ce désir ardent de vivre, d’aimer et de faire notre part pour ce pays.
Ce n’est qu’un au revoir, mon frère. Ce n’est qu’un au revoir.
English
More and more, as we grow older, we must learn to live with grief and its uncertainties. Since my friends became old enough to leave on their own migratory journeys, I have gradually come to accept that some goodbyes are, in truth, farewells. The pandemic did nothing to help: beyond its corporate utility, Zoom became a tool for extended family gatherings during special moments.
In the meantime, I became an immigrant myself, and I came to better understand the grief we experience from a distance. At the end of the year, my father’s family buried a mother, a wife, a sister, a cousin, a friend. Despite sometimes difficult relationships, I still felt the deep pain of absence. Circumstances beyond my control kept me away from the people I love. My story is not unique. Many of us are unable to be present as we wish, for many reasons: precarious immigration status, logistical barriers,especially when trying to reach Port-au-Prince or simply the outrageous cost of airfare back home.
It took learning of the death of a friend,someone I had been urging to see a doctor (ironically, he was a doctor himself),for me to realize just how much we take our relationships for granted, carried by the deceptive ease of technology. For me, 2026 has been a year of learning, and its greatest lesson is this stark reminder: moments are fleeting, painfully so. We are closer than ever, and yet so far apart.
I miss the time when we would meet our friends’ families. Today, when we lose them, we must carry our grief alone, or within virtual communities. And life’s demands often force us to move on far too quickly.
Today, this blog has one less reader. A devoted reader, generous with advice, someone with whom I discussed life and our understanding of the world. A friend with whom I disagreed about almost everything, yet with whom I shared, above all, a deep desire to live, to love, and to do our part for this country.
This is only a goodbye, my brother. Only a goodbye.
















