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J’ai 12 ans et je hurle que je veux faire la fac de médecine, être marié à 25 ans et riche à 30 ans. Les adultes sourient ; moi, je suis tout fier de ma trouvaille. 

Je sais bien que vous n’avez rien demandé, mais je me suis dit, tout bêtement : pourquoi ne pas vous raconter ma vie, la vraie version ? 

Je ne sais pas si mes parents se sont aimés, mais plus j’apprends à les connaître, plus je doute que des personnes brisées sachent s’aimer. Je suis quand même né de leur rencontre et j’ai eu la vie de ces enfants dont on ne voulait pas trop : j’ai été élevé dans l’amour par quelqu’un d’autre pendant 25 années, et je lui serai éternellement reconnaissant pour absolument tout ce que j’ai reçu. 

J’ai eu mes hauts et mes bas : publics, intimes et secrets. J’ai rencontré certaines personnes magnifiques et j’ai aussi laissé partir d’autres êtres tout aussi magnifiques (plus à leur place dans ma vie), et c’est vraiment sans rancune. J’ai saisi des occasions et j’en ai raté plein, aussi. 

J’ai 36 ans aujourd’hui et je me rends compte, sans effroi, que je connais mes parents dans les ratures et les marges de ma vie. Je connais bien leurs noms, leur signe astrologique, ascendant et signe lunaire inclus, et certains de leurs secrets aussi. Ma mère biologique est un vrai mystère : je ne sais rien de son enfance et, comme elle est partie assez tôt, c’est peine perdue. Mon père, je le connais par balbutiements. Je digresse, je sais ! 

De ce mystère que sont mes parents, j’aurai quand même mis un point d’honneur à me connaître moi-même, à vivre sans excuses, sans demi-mesure, ou à peu près. Ma vie est une succession de « je croque à pleines dents », avec foi ou pas du tout. À défaut d’attendre des parents parfaits, je me serai quand même fait une famille choisie par la force de l’amour, une vraie forteresse imprenable. 

J’ai aussi appris à aimer mes frères et ma sœur pour deux, avec l’espoir que mon amour aura pansé les blessures silencieuses que nous portons en bandoulière. 

Mes mots auront dit à ma place des phrases de ralliement ou de rage. 

J’aurai au moins marqué mon temps et vos souvenirs. 

Cet article ne sera pas un autel sur lequel je viens sacrifier mes parents, ni un espace où déverser les douleurs collectives infligées involontairement, ou encore une séance de thérapie gratuite avec vous. 

J’ai 36 ans aujourd’hui et j’ai 36 raisons de plus d’être reconnaissant envers la vie, l’Univers et vous autres : vous êtes 7 000 lecteurs depuis le temps que je viens vous raconter ma vie. Et ça dure depuis 10 ans. Qui l’eût cru ? Je vais avoir la grosse tête. 

À 36 ans, je me célèbre, bon gré mal gré. 

À 36 ans, je saute à pieds joints dans la belle aventure qu’est le reste de la vie. 

À 36 ans, j’accepte de lâcher prise. 

À 36 ans, je dis surtout : MERCI ! 

Oui, merci, la vie.

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